Rénover une maison ancienne en Vaucluse :
par où commencer

« Par où je commence ? » C’est la question que l’on me pose en premier, et la réponse honnête surprend : on commence par regarder le calendrier. Pas les matériaux, pas les plans, pas les devis. Le calendrier.

Parce que presque tous ceux qui m’appellent ont la même phrase juste après : « on voudrait être dedans pour l’été ». Nous sommes en général en février, et l’été dont ils parlent est celui qui arrive dans cinq mois.

Je préfère annoncer la couleur tout de suite, parce que c’est la question qui coûte le plus cher quand on y répond trop tard : entre la signature du compromis et le jour où vous posez vos valises dans un mas entièrement rénové, il faut compter dix-huit à vingt-quatre mois. Pas six. Et si le bien est dans un périmètre protégé, ce qui est le cas d’une bonne partie des maisons de caractère entre Avignon, les Alpilles et le Luberon, la fourchette haute devient la norme.

Ce n’est pas une mauvaise nouvelle en soi. C’est une mauvaise nouvelle uniquement pour ceux qui l’apprennent après avoir vendu leur appartement, donné leur préavis, ou inscrit les enfants dans une école. Voici, étape par étape, où passe ce temps, ce qui est incompressible et ce qui ne l’est pas.

Avant de signer : les quarante-huit heures
qui peuvent vous faire gagner un an

C’est le seul moment du parcours où quelques heures de vérification changent tout le reste. Trois points, et ils se vérifient avant l’offre, pas après. Ces trois vérifications prennent deux à trois jours. Elles peuvent vous éviter d’acheter un bien que vous ne pourrez pas transformer comme vous l’imaginez.

Le périmètre protégé.

Si le mas se trouve aux abords d’un monument historique ou dans un site patrimonial remarquable, l’Architecte des Bâtiments de France devra donner son accord sur tout ce qui touche à l’aspect extérieur. Une chapelle, un pigeonnier ou une fontaine classée suffisent à créer ce périmètre : ce n’est pas réservé aux maisons de village. Cela se vérifie sur le Géoportail de l’urbanisme et auprès du service urbanisme de la commune.

Le plan local d'urbanisme.

Certaines parcelles en zone agricole ou naturelle n’autorisent aucune extension, ou la plafonnent à quelques mètres carrés. Un projet d’agrandissement peut mourir là, avant même d’exister. La règle se lit parcelle par parcelle, pas commune par commune.

L'assainissement.

Sur un mas isolé, la réhabilitation d’un assainissement individuel se chiffre en dizaines de milliers d’euros et impose une étude de sol. C’est le poste que personne ne regarde à la visite et que tout le monde découvre au moment de chiffrer.

Étape 1. Le diagnostic de l'existant

Une fois le compromis signé, vous avez environ trois mois avant l’acte authentique. C’est le bon moment pour faire venir quelqu’un qui regarde la maison avec un oeil technique et pas avec un oeil de décorateur.

Ce que je regarde : l’état des murs et la présence de remontées d’humidité, la structure des planchers, la charpente, les réseaux, la nature des enduits existants, et ce que le bâti autorise réellement. Une maison en pierre ne supporte pas les mêmes solutions qu’une maison des années quatre-vingt, et une bonne partie des sinistres que je vois viennent de là : une isolation posée du mauvais côté d’un mur en pierre, et le mur ne sèche plus.

À la fin de cette étape, vous savez ce que vous pouvez faire, ce qui est techniquement risqué, et dans quel ordre les travaux devront s’enchaîner.

Étape 2. La conception et le chiffrage

C’est l’étape où le projet passe d’une idée à des plans, et des plans à un budget. On arbitre : ce qui est prioritaire, ce qui peut attendre une deuxième phase, ce qui coûte trop cher pour ce que ça apporte.

C’est aussi l’étape où l’on décide si un architecte est obligatoire. La règle est simple : pour un particulier, le recours à un architecte est imposé dès que la surface de plancher totale après travaux dépasse cent cinquante mètres carrés et que le projet passe par un permis de construire. En dessous, ou pour une rénovation qui ne crée pas de surface et qui relève d’une simple déclaration préalable, vous êtes libre du choix de votre interlocuteur.

Beaucoup de gens découvrent ce seuil au mauvais moment. Sur un mas de deux cents mètres carrés, la question est réglée d’avance.

Étape 3. Le dossier d'urbanisme
et l'avis des Bâtiments de France

C’est le poste de délai le plus sous-estimé, et celui sur lequel personne ne peut rien, ni vous, ni moi.

Ce que dit le calendrier officiel.

Pour une maison individuelle, hors secteur protégé, l’instruction d’un permis de construire dure deux mois à compter du dépôt d’un dossier complet, et une déclaration préalable un mois. Aux abords d’un monument historique ou en site patrimonial remarquable, ces délais sont majorés d’un mois : trois mois pour le permis, deux pour la déclaration préalable. Si la maison est elle-même inscrite au titre des monuments historiques, le délai passe à cinq mois. L’Architecte des Bâtiments de France dispose d’un mois pour se prononcer sur une déclaration préalable, de deux sur un permis. Son avis n’est pas un conseil : en secteur protégé, c’est un accord. S’il refuse, le maire doit refuser. S’ajoute ensuite le délai de recours des tiers, deux mois d’affichage continu sur le terrain.

Ce qui allonge vraiment le délai.

Les mois annoncés courent à partir d’un dossier complet. Une demande de pièces complémentaires par le service urbanisme, et le compteur repart. C’est là que se joue la différence entre un dossier monté par quelqu’un qui connaît les attentes de l’instructeur local et un dossier monté à l’aveugle. En secteur protégé, les points qui reviennent le plus souvent : menuiseries en bois avec le PVC très souvent refusé, teintes imposées, tuiles de récupération, pas d’ouverture de toit visible depuis l’espace public, pas de panneaux solaires en façade sur rue, enduits à la chaux. Chacune de ces lignes pèse vingt à quarante pour cent sur le poste concerné.

Que faire si l'avis est défavorable.

Ce n’est pas la fin du projet, mais c’est un détour long. Vous pouvez saisir le préfet de région dans les deux mois qui suivent la notification du refus. Il dispose de deux mois pour se prononcer, et son silence vaut confirmation. Une médiation est possible, le médiateur rendant son avis sous un mois.
Si le préfet donne raison au demandeur, la commune reprend une décision dans le mois. Autrement dit quatre à cinq mois de plus, pour un résultat incertain. Mieux vaut prendre l’attache de l’Unité départementale de l’architecture et du patrimoine avant de déposer.

Étape 4. La consultation des entreprises

Pendant que le dossier est en instruction, on consulte. C’est le bon usage de ces trois mois, et c’est pour ça que je préfère travailler sur les deux fronts en parallèle plutôt que d’attendre l’arrêté pour commencer à chercher des entreprises.

Sur une rénovation complète, il y a rarement une seule entreprise. Il y a un maçon, un charpentier, un couvreur, un plombier, un électricien, un plaquiste, un menuisier, un carreleur, un peintre. Chacun doit chiffrer sur la base du même dossier, sinon les devis ne sont pas comparables et vous n’avez aucun moyen de savoir qui est cher.

C’est aussi l’étape où le marché local pèse. Dans le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône, les bons artisans de la pierre sont peu nombreux et souvent réservés plusieurs mois à l’avance.

Étape 5. Le chantier, puis la réception

Le chantier n’est pas la partie la plus longue du calendrier, contrairement à ce que tout le monde imagine. C’est celle qui se voit, donc celle qu’on retient.

L’ordre y est plus important que la vitesse. Sur du bâti ancien, on assainit, on traite l’humidité, on reprend la structure et la couverture, on passe les réseaux, et seulement ensuite on isole et on finit. Inverser deux de ces étapes, c’est refaire deux fois. J’ai vu des chantiers où l’enduit intérieur était posé avant que le mur ait fini de sécher : tout était à reprendre l’année suivante.

La réception est le jour où vous prenez officiellement possession des travaux. C’est un acte juridique, pas une formalité : c’est lui qui fait partir les garanties, dont la décennale. On liste ce qui ne va pas, ce sont les réserves, et les entreprises ont un délai pour les lever. Comptez quelques semaines de plus entre la réception et le moment où tout est réellement propre.

Le calendrier complet, du compromis aux clés

Exemple d’un mas de deux cents mètres carrés en périmètre protégé, budget de travaux autour de trois cent mille euros.

ÉtapeDuréeEn parallèle ?
Vérifications avant offre2 à 3 joursAvant le compromis
Compromis puis acte authentiqueenviron 3 moisDiagnostic et conception peuvent démarrer
Diagnostic de l’existant–Oui, pendant le délai de vente
Conception et chiffrage–Oui, pendant le délai de vente
Montage du dossier d’urbanisme–Non
Instruction du permis en secteur protégé3 moisLa consultation se fait pendant
Recours des tiers2 moisRecouvre partiellement la consultation
Consultation et choix des entreprises–Oui, pendant l’instruction
Chantier–Non
Réception et levée des réservesquelques semainesNon

Ce qui donne, en cumulé et sans incident, une fourchette de dix-huit à vingt-quatre mois. Les postes incompressibles, ceux sur lesquels ni vous ni moi n’avons de prise, représentent à eux seuls cinq mois.

Vous avez un bien en vue, ou déjà sous compromis ?
Trente minutes suffisent pour savoir si le calendrier que vous avez en tête tient debout, et ce que le périmètre dans lequel se trouve le bien change à l’affaire.

Les trois décisions qui font perdre six mois

Aucune des trois ne paraît grave au moment où on la prend. Chacune coûte un semestre.

Acheter sans vérifier le périmètre.

C’est la plus fréquente, et la plus coûteuse. Elle ne se rattrape pas : on ne sort pas un bien d’un périmètre protégé. Quarante-huit heures de vérification avant l’offre auraient suffi.

Déposer un dossier incomplet.

Pour gagner deux semaines, on dépose sans toutes les pièces. Une demande de complément, et le délai d’instruction repart de zéro. Les deux semaines gagnées en coûtent huit.

Comparer des devis non comparables.

Sans dossier de consultation commun, chaque entreprise décrit une prestation différente. Vous croyez comparer des prix, vous comparez des périmètres. Les écarts que l’on prend pour des économies sont des oublis, et ils reviennent en cours de chantier sous forme d’avenants.

Pourquoi je vous donne ces chiffres

Je suis maître d’oeuvre, installé à Cabannes, et j’interviens sur le Vaucluse, les Alpilles, le Luberon, le pays d’Avignon et le Gard rhodanien. Mon métier consiste à concevoir votre projet, monter le dossier d’urbanisme, consulter les entreprises, puis tenir le chantier jusqu’à la réception. Vous n’avez qu’un seul interlocuteur, et cet interlocuteur ne vend aucun des travaux qu’il fait chiffrer.

C’est la différence avec une entreprise générale : elle a intérêt à ce que le calendrier paraisse court et à ce que les travaux qu’elle réalise soient retenus. Je suis payé un pourcentage du montant des travaux, entre huit et douze pour cent, et je n’ai aucun intérêt à ce qu’ils soient plus longs ou plus chers.

Guillaume Gauchet

Avant GTECH Solution, c’est dix-huit ans de conduite de projets techniques pour Airbus Helicopters, le CEA et l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille, sur des opérations allant jusqu’à trente millions d’euros. C’est cette méthode que j’applique, à une autre échelle, sur une maison. Je travaille sur des projets de rénovation à partir de cent mille euros de travaux : en dessous, une maîtrise d’oeuvre complète n’a pas de sens économique pour vous, et je vous le dirai franchement.

Où j'interviens

Vaucluse, Alpilles et Luberon principalement. Pour voir comment se déroule une rénovation de mas dans le détail, j’ai décrit ma méthode ici. Et si vous êtes un professionnel ou un syndic, mes missions de maîtrise d’oeuvre et d’assistance à maîtrise d’ouvrage sont détaillées là.

Questions fréquentes sur les délais

Comptez dix-huit à vingt-quatre mois entre la signature du compromis et l’emménagement, dont environ cinq mois de délais administratifs incompressibles si le bien est en secteur protégé. Le chantier lui-même ne représente qu’une partie de ce total.

Trois mois pour une maison individuelle, contre deux mois hors secteur protégé. Deux mois pour une déclaration préalable, contre un mois. Ces délais courent à partir d’un dossier complet, et une demande de pièces complémentaires les fait repartir.

Juridiquement oui, dès l’affichage. En pratique, il est prudent d’attendre la fin du délai de recours des tiers, soit deux mois d’affichage continu sur le terrain, avant d’engager des travaux lourds.

Vous pouvez saisir le préfet de région dans les deux mois suivant la notification du refus. Il dispose de deux mois pour statuer, et son silence vaut confirmation. Comptez quatre à cinq mois supplémentaires, sans garantie. Il vaut mieux consulter l’Unité départementale de l’architecture et du patrimoine en amont du dépôt.

Oui, et c’est même l’essentiel du travail. Le diagnostic et la conception se mènent pendant le délai de vente, la consultation des entreprises pendant l’instruction du permis. Bien organisé, ce parallélisme fait gagner trois à quatre mois sur le total.

Idéalement avant l’offre d’achat, pour les vérifications de périmètre protégé, de plan local d’urbanisme et d’assainissement. À défaut, dès la signature du compromis : les trois mois avant l’acte authentique sont le meilleur moment pour diagnostiquer et concevoir.

Parlons de votre calendrier
Décrivez-moi le bien, sa commune et l’état dans lequel il se trouve. Je vous dirai ce que le calendrier donne dans votre cas précis, et si le périmètre dans lequel il se situe change la donne.